06/04/2012 – Penly : incendie et fuite d’eau radioactive – Première réaction de la CRIIRAD

Vue aérienne de la centrale nucléaire de Penly

06/04/2012

Bruno Chareyron, responsable du laboratoire de la CRIIRAD a enregistré un message jeudi soir pendant la soirée en réaction à l’incident qui s’est passé sur la centrale nucléaire de penly.

« Premier point, avoir un dysfonctionnement aussi grave sur une pompe du circuit primaire de réacteur nucléaire avec projections d’huile, perte d’huile et incendie, c’est quelque chose qui est potentiellement très important. En effet, il est vital de refroidir en permanence le cœur du réacteur nucléaire, ce sont ces pompes qui le permettent. S’il y a un dysfonctionnement sur une pompe qui en plus conduit à une fuite très importante de liquide radioactif via cette pompe c’est évidemment grave.

Deuxièmement la question est de savoir comment il est possible sur un réacteur nucléaire d’avoir une fuite d’huile (semble-t-il) sur une pompe. Est-ce que c’est un problème de maintenance insuffisante ? Un problème de mauvaise fabrication ? Ça pose évidemment des questions de sûreté

Troisièmement il faut penser toujours aux doses subies par les intervenants, les pompiers, les travailleurs de la centrale ou les travailleurs de maintenance qui sont intervenus pour éteindre cet incendie et qui interviendront encore en résoudre les conséquences. D’ailleurs, les combinaisons qu’ils peuvent porter, sont capables de les protéger contre la contamination mais pas contre l’irradiation, qui est certainement importante dans cette zone puisque l’eau du circuit primaire est radioactive : elle contient un certain nombre d’éléments radioactifs dissous et donc cette eau émet des rayonnements.

Quatrièmement, en ce qui concerne les conséquences sur l’environnement, il faut penser que cette fuite d’eau radioactive au niveau de la pompe primaire n’était pas négligeable en quantité puisque EDF indiqué plus de 2 m3/h qui se seraient progressivement stabilisés à 0,1 m3/h avec la baisse de la pression et de la température du réacteur. Cette eau radioactive, nous indique EDF, est collectée heureusement dans des bacs de rétention spécifiques. La question est de savoir quelle est la capacité de ce bac et combien de temps aurait-il pu contenir ces fuites si elles avaient duré longtemps.

Il faut penser que cette eau radioactive va devoir être retraitée et à partir de là une partie sera rejetée très probablement en mer. Or, dans les éléments radioactifs contenus, le tritium n’est pas piégé par les systèmes de filtration et sera rejeté en mer. Cette eau radioactive contient également des gaz radioactif dissous, le tritium, et des gaz rares, des iodes. Il faudrait s’interroger sur les quantités qui sont présentes et là aussi, sur le fait qu’en dégazant, cette eau va rejeté dans l’air, dans le bâtiment réacteur, ces substances radioactives et qu’une partie d’entre elles n’est pas filtrée par les dispositifs. C’est la cas du tritium et des gaz rares. Donc dire que l’impact sur l’environnement est totalement nul c’est un peu rapide, il faudra vérifier précisément quels sont les rejets et s’il y a une augmentation des rejets de la centrale nucléaire par rapport à son fonctionnement normal du fait de cet incident.
C’est une situation semble être maîtrisée par EDF : le réacteur est en situation d’arrêt, la température et la pression baisse, la fuite de cette pompe a diminuée. Ce sont des bonnes nouvelles mais ce n’est pas un incident qui doit être banalisé quant à sa son origine et aux conséquences potentielles de ce type de dysfonctionnement. »

Message audio de Bruno Chareyron, Responsable du laboratoire de la CRIIRAD