16/09/2026 – À Zaporijjia, un été sous tension

🕙 Lecture 3 min.

Pendant l’été 2026, la centrale nucléaire de Zaporijjia a connu de graves difficultés d’approvisionnement en électricité, qui ont culminé entre le 20 août et le 7 septembre. Pendant 18 jours, le site a dû être alimenté par ses groupes électrogènes diesel. Face à un risque de pénurie en carburant, des mesures exceptionnelles ont dû être prises. Alors que le risque de black-out grandissait, l’alimentation électrique a pu être rétablie, mais à l’approche de la saison froide, la situation reste précaire.

Le 8 juin 2026, quelques jours après deux ruptures d’alimentation électrique de la centrale de Zaporijjia, l’ONU titrait : “Ukraine : l’escalade militaire ravive le spectre d’un accident nucléaire” [1].

Les semaines suivantes, les activités militaires près de la centrale se sont intensifiées.

Plusieurs attaques de drones ont frappé la ville voisine d’Enerhodar, notamment la caserne de pompiers, l’hôpital, des immeubles d’habitations, des épiceries, les abords de la centrale. On compte plusieurs victimes, dont l’ingénieur en chef de Zaporijjia et son chauffeur, tués le 15 juillet [2].

Il faut ajouter à ce bilan des problèmes d’approvisionnement en eau potable et en télécommunications (téléphone, internet).

Mais ce sont surtout les coupures d’alimentation électrique qui se sont multipliées. La dernière ligne alimentant la centrale (qui en comptait dix avant le début du conflit) a été coupée neuf fois entre le 5 juin et le 7 septembre. La dernière coupure, survenue le 20 août, a duré 18 jours.

Pendant les coupures, le site dépend de ses groupes électrogènes de secours pour son nécessaire approvisionnement électrique.

Les six réacteurs étant arrêtés depuis deux à quatre ans, la puissance résiduelle à évacuer est bien plus faible que lorsqu’ils sont en production. Mais compte tenu du niveau de radioactivité et donc de la chaleur dégagée en permanence, il reste impératif de refroidir activement pendant des années les réacteurs et les piscines, en apportant en continu de l’eau froide avec des pompes [3].

Lorsque la centrale n’est plus alimentée électriquement, les besoins en carburant des groupes diesel de secours sont considérables : actuellement, quatre gros camions-citernes [4], soit environ 120 000 à 160 000 litres, par jour. En routine, la centrale possède un site de stockage de carburant hors de son enceinte, mais ce site, qui n’a pas pu être approvisionné depuis mars, est désormais vide.

Courant août l’exploitant a augmenté préventivement les niveaux d’eau dans les piscines, pour retarder le moment où l’eau des piscines commencerait à bouillir en cas de black-out total.

Le 5 septembre, l’AIEA indiquait sur X : “la centrale est désormais à court de réserves de carburant diesel et risque une panne totale de la station dans les prochains jours” [5]. Pour économiser le carburant, l’exploitant a dû faire fonctionner les pompes de refroidissement par intermittence.

Le pire a finalement été évité, l’alimentation électrique extérieure de la centrale de Zaporijjia ayant pu être rétablie le 7 septembre.

Mais la situation reste très précaire : les réserves de gazole ont été fortement amoindries, et à l’approche de la saison froide la tension sur les besoins va augmenter du fait des besoins en chauffage urbain.

Aux portes de l’Europe, la menace d’un accident nucléaire reste élevée.

Rédaction : Julien Syren •

—
En savoir plus


Notes :
[1] https://urls.fr/fZNPuX
[2] https://urls.fr/g8b0Ug
[3] https://urls.fr/GM9mZh
[4] https://urls.fr/QibT6u
[5] urlr.me/jyeBkk

Photo en haut de page : Centrale nucléaire de Zaporijjia © IAEA Imagebank via Wikimedia Commons


ANALYSER • INFORMER • REVENDIQUER

La CRIIRAD est une association d’intérêt général qui produit et diffuse des informations indépendantes des autorités et des industriels, sur la base de ses recherches et des résultats issus de son propre laboratoire scientifique. 
Grâce à votre soutien, nous agissons depuis 40 ans, pour que chacune et chacun dispose des informations et des moyens nécessaires pour se prémunir des risques liés à la radioactivité. 
Nos actions nécessitent du temps et des ressources.

COMMENT NOUS SOUTENIR ?

Faire un don ponctuel
Un don ponctuel, même petit, est un acte de soutien important pour l’association.

Faire un don régulier
Si vous le pouvez, préférez un don régulier (mensuel, trimestriel, annuel).

Devenir adhérent·e
L’adhésion est un soutien sur le long terme et vous fait prendre part à la vie associative.

Si vous êtes imposable, les cotisations et les dons ouvrent droit à une réduction d’impôt sur le revenu égale à 66 % de leur montant retenu dans la limite de 20 % du revenu imposable.