Les graphes ci-dessous ont été élaborés à partir des données de l’exploitant (EDF) publiées sur le site du réseau national de mesures de radioactivité dans l’environnement, RNM. Sur chaque graphe est mentionnée la valeur maximale mesurée sur la décennie 2015-2024. Nous avons regroupé les centrales en fonction de cette valeur maximale.
Sommaire :
- Au-delà de 1 000 Bq/l : Bugey, Gravelines, Tricastin
- Entre 100 et 1 000 Bq/l : Belleville, Blayais, Cruas, Dampierre, Flamanville, Penly
- Entre 10 et 100 Bq/l : Cattenom, Chinon, Chooz, Civaux, Fessenheim, Saint-Alban, Saint-Laurent
- En dessous de 10 Bq/l : Golfech, Nogent-sur-Seine, Paluel
—
Au-delà de 1 000 Bq/l : Bugey, Gravelines, Tricastin
Ces trois centrales se démarquent par la fréquence et l’ampleur des épisodes de contamination des eaux souterraines.
Quasiment pas une année ne se passe sans qu’une contamination supérieure à 100 voire à 1 000 Bq/l ne soit enregistrée.
Sur la période considérée, c’est au Tricastin que la valeur la plus élevée a été mesurée (28 900 Bq/l en 2021), mais l’IRSN (1) rapporte des épisodes antérieurs de contamination plus importants encore (notamment 80 000 Bq/l à Gravelines en 1984).
Au Tricastin, on observe une nette dégradation de la situation depuis fin 2019. L’exploitant fait valoir que la contamination reste limitée, confinée dans les eaux souterraines situées à l’intérieur de l’enceinte géotechnique (un mur souterrain de béton entourant la partie centrale du site où se trouvent les réacteurs et la salle des machines).
Mais que le site possède une enceinte géotechnique ou pas ne change pas le problème : les eaux souterraines, même à l’intérieur de l’enceinte, n’appartiennent pas à EDF. Sollicitée par la CRIIRAD sur ce point, l’ASN indiquait, en 2021, que « les eaux souterraines ne constituent pas un exutoire autorisé par les décisions de l’ASN […] cet événement constitue un contournement des voies normales de rejet » (2), mais minimisait la portée de l’incident, au prétexte que « les radioéléments concernés rejoindront leur exutoire initial de rejet » après pompage des eaux contaminées. Par ailleurs, l’enceinte n’est pas complètement étanche, et du tritium est régulièrement détecté dans des piézomètres situés à l’extérieur de l’enceinte, tant au nord qu’au sud du site (3).
Cette situation est d’autant plus préoccupante que d’après l’IRSN (4), il y a dix ans (5), Tricastin était l’une des quatre seules centrales nucléaires dotées d’une enceinte en bon état (6). Pour six autres, les enceintes comportaient des brèches (7)… Quant aux neuf centrales restantes, elles étaient tout bonnement dépourvues d’enceinte géotechnique (8).



—
Entre 100 et 1 000 Bq/l : Belleville, Blayais, Cruas, Dampierre, Flamanville, Penly
Ces 6 centrales sont marquées par de multiples pics de contamination qui, pour certains, se succèdent de manière rapprochée. Sur les graphes nous avons fait figurer l’ensemble des résultats, sans faire de distinction entre les différents piézomètres dans lesquels les prélèvements ont été effectués. Une analyse fine de la chronologie des résultats pour chaque piézomètre serait nécessaire pour déterminer la dynamique des épisodes (9).
Pour Cruas et Dampierre, la valeur de 1 000 Bq/l dans les eaux souterraines a été dépassée avant 2015 (Cruas : 3 400 Bq/l en 2004 ; Dampierre : 1 300 Bq/l en 2012 et 9 900 Bq/l en 1996).
À Cruas, la contamination de 2004/2005 a concerné un « forage d’eau potable du site ». Jusqu’à 990 Bq/l ont été mesurés dans le « réseau d’eau potable » proprement dit. Il nous a été rapporté, de source directe, qu’à ce jour le personnel du site est contraint de boire de l’eau en bouteille, sans savoir si cela a un lien avec l’épisode de 2004.
À Penly, c’est tout récemment (fin 2024/début 2025) que le plus important épisode de contamination est survenu. La valeur maximale, mesurée le 12 décembre 2024 (209 Bq/l) a largement dépassé celle de l’épisode de 2013 (60 Bq/l) qui avait valu à EDF d’être condamné pour manquement à ses obligations en matière de prévention et limitation des nuisances. Pourtant, excepté sur le site du RNM, on ne trouve aucune trace de cet incident, ni sur le site d’EDF (10), ni sur celui de l’ASNR (11), ni sur celui de la Commission Locale d’Information Nucléaire de Penly (12). Questionnée par la CRIIRAD, EDF a confirmé que cette détection a fait l’objet d’une déclaration d’événement intéressant pour l’environnement. La contamination a été causée par le débordement d’une tuyauterie lors d’une opération de maintenance.






—
Entre 10 et 100 Bq/l : Cattenom, Chinon, Chooz, Civaux, Fessenheim, Saint-Alban, Saint-Laurent
Les centrales de Cattenom, Chooz, Civaux et Fessenheim se caractérisent par un pic de contamination suivi d’une lente décrue de plusieurs années. Excepté à Chooz (41 Bq/l en 2021), le pic est antérieur à 2015 (Cattenom : 65 Bq/l en 2014 ; Civaux : 600 Bq/l en 2012 ; Fessenheim : 460 Bq/l en 2011), mais la pollution était encore perceptible en 2015 voire après.
À Fessenheim, bien que les deux réacteurs de la centrale aient été arrêtés en 2020, l’exploitant a détecté des valeurs supérieures à 10 Bq/l en 2021, 2022 et 2024. N’oublions pas, pour ce site, le possible impact des centrales nucléaires suisses, situées en amont de Fessenheim sur le Rhin et ses affluents.
À Chinon et Saint-Laurent, aucun épisode particulier ne se dégage de la période étudiée, mais les deux sites sont marqués par une contamination permanente des eaux, de l’ordre de plusieurs dizaines de Bq/l.
À Saint-Alban, les 10 Bq/l ne sont dépassés que ponctuellement. Mais, comme la plupart des autres sites, cette centrale a connu des épisodes de pollution antérieurs. L’IRSN indique que « de 1999 à 2003, des incidents ont entraîné un impact sur la nappe » mais l’institut « ne dispose pas de mesures permettant d’apprécier le marquage de la nappe associé à ces incidents »…







—
En dessous de 10 Bq/l : Golfech, Nogent-sur-Seine, Paluel
Ces trois centrales n’ont jamais dépassé 10 Bq/l entre 2015 et 2024, mais elles ont toutes connu des épisodes de pollution avant cette période.
A Golfech, l’IRSN mentionne un rejet en rivière survenu en juillet 2005 par suite du débordement d’un réservoir. Le liquide contenait notamment 5 000 Bq/l de tritium.
Toujours pour cette centrale, en 2010 EDF avait été condamnée (13) suite à un incident ayant entraîné une contamination en tritium des eaux souterraines, à une teneur maximale de 7,4 Bq/l. Comme dans le cas de Penly en 2013, ce n’est pas la présence de tritium dans les eaux souterraines qui avait entraîné cette condamnation, mais le non-respect de la réglementation en matière d’étanchéité des récipients de stockage ou entreposage de liquides radioactifs (14).
Pour Nogent-sur-Seine, l’IRSN mentionne (sans données chiffrées) une pollution de nappe suite à un débordement de réservoir en 2002. D’après le RNM, plusieurs résultats ont dépassé 10 Bq/l en 2009, avec un maximum de 41 Bq/l mesuré le 2 novembre. Durant les 15 années suivantes, tous les résultats ont été inférieurs à 10 Bq/l. Mais le 17 janvier 2025, un événement significatif pour l’environnement (ESE) (15) a été déclaré : une eau contenant plus de 1 000 Bq/l de tritium se trouvait dans le local de la station de rejet en Seine, et a été déversée à l’extérieur de ce local.
À Paluel, l’IRSN recense trois incidents, en 1997 (débordement d’un puisard), 2001 (débordement de réservoirs) et 2005 (rejet de tritium dans une canalisation d’évacuation des eaux pluviales).



Rédaction : Julien Syren •
Notes :
[1] Dans un rapport de 2008 élaboré pour le Haut Comité pour la Transparence et l’Information sur la Sécurité nucléaire (HCTISN), intitulé « État de la surveillance environnementale et bilan du marquage des nappes phréatiques et des cours d’eau autour des sites nucléaires et des entreposages anciens de déchets radioactifs ». Les autres mentions de l’IRSN font référence à ce même rapport.
[2] ASN, courrier CODEP-LYO-2022-019611 du 15 avril 2022.
[3] Cf. TU 93 de mars 2022 et 97 de mars 2023.
[4] Avis IRSN n°2014-00286 du 21 juillet 2014.
[5] Nous n’avons pas trouvé trace d’un état des lieux accessible au public plus récent.
[6] Avec Blayais, Nogent et Cruas.
[7] Bugey, Chooz, Dampierre, Gravelines, Saint-Laurent, Belleville.
[8] Cattenom, Chinon, Civaux, Flamanville, Golfech, Paluel, Penly, Saint-Alban, Fessenheim.
[9] La CRIIRAD avait fait ce travail pour l’épisode survenu au Tricastin fin 2021 (cf. TU 93 et 97).
[10] https://www.edf.fr/la-centrale-nucleaire-de-penly/les-actualites-de-la-centrale-nucleaire-de-penly
[11] https://www.asn.fr/recherche?search_text=tritium+penly
[12] https://www.clin76.fr/
[13] https://www.lemonde.fr/planete/article/2012/12/03/edf-condamnee-en-appel-a-une-amende-symbolique-pour-une-fuite-radioactive_1799349_3244.html .
[14] Article 14 de l’arrêté du 31 décembre 1999 fixant la réglementation technique générale destinée à prévenir et limiter les nuisances et les risques externes résultant de l’exploitation des installations nucléaires de base.
[15] EDF déclare un événement significatif pour l’environnement (ESE) lorsqu’un résultat dépasse 1 000 Bq/l, et un résultat intéressant pour l’environnement lorsqu’un résultat de tritium dépasse 100 Bq/l. En dessous de cette valeur, l’incident n’est pas considéré comme tel par EDF (pourtant, même en dessous de 100 Bq/l une pollution peut être caractérisée, puisque le bruit de fond habituellement observé dans les eaux souterraines est inférieur à 2 Bq/l).
ANALYSER • INFORMER • REVENDIQUER
La CRIIRAD est une association d’intérêt général qui produit et diffuse des informations indépendantes des autorités et des industriels, sur la base de ses recherches et des résultats issus de son propre laboratoire scientifique.
Grâce à votre soutien, nous agissons depuis 39 ans, pour que chacune et chacun dispose des informations et des moyens nécessaires pour se prémunir des risques liés à la radioactivité.
Nos actions nécessitent du temps et des ressources.
COMMENT NOUS SOUTENIR ?
Faire un don ponctuel
Un don ponctuel, même petit, est un acte de soutien important pour l’association.
Faire un don régulier
Si vous le pouvez, préférez un don régulier (mensuel, trimestriel, annuel).
Devenir adhérent·e
L’adhésion est un soutien sur le long terme et vous fait prendre part à la vie associative.
Si vous êtes imposable, les cotisations et les dons ouvrent droit à une réduction d’impôt sur le revenu égale à 66 % de leur montant retenu dans la limite de 20 % du revenu imposable.




