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Le 14 juin 2021, la presse américaine fait état d’une “menace radiologique imminente” sur le réacteur n°1 de la centrale nucléaire de Taishan, en Chine. Il s’agit du premier réacteur de type EPR (1) mis en service dans le monde (décembre 2018). Conçu par des ingénieurs allemands et français, c’est le modèle de réacteur que les industriels du nucléaire français proposent à l’export. C’est aussi le grand frère de l’EPR qu’EDF peine à mettre en service à Flamanville.
Pour de nombreux experts dans l’Hexagone, rien de très inquiétant : il ne s’agirait que de fuites de gaines de combustible nucléaire, un “aléa” bien connu et maîtrisé. Le réacteur est tout de même arrêté pendant plus d’un an (entre juillet 2021 et août 2022), puis de nouveau pendant 10 mois en 2023.
L’enquête réalisée par la CRIIRAD, à partir de l’analyse de documents qui lui sont transmis par un salarié du nucléaire, révèle que les fuites résultent en partie d’un taux de vibration totalement anormal des assemblages de combustible au sein de la cuve du réacteur. Un phénomène qui a conduit à un endommagement inédit des assemblages et de leur structure et pose de sérieux problèmes de radioprotection et de sûreté. La CRIIRAD affirme en outre que les vibrations résultent d’une circulation non conforme de l’eau, due à un défaut de conception du “plenum inférieur” de la cuve, défaut connu depuis les années 2007-2008, lors de tests sur maquettes. Il y a par ailleurs tout lieu de penser qu’il affecte aussi l’EPR de Flamanville.
La CRIIRAD lance l’alerte, vidéo à l’appui et interpelle publiquement l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) française, puis EDF. Les réponses restent évasives. Huit mois après, l’IRSN (2), l’expert officiel de l’État, reconnait clairement le défaut. Cela n’empêchera pas l’ASN d’autoriser, en mai 2024, le démarrage de l’EPR de Flamanville sans que les causes de l’anomalie ne soient traitées sur ce réacteur.
L’EPR devait être un modèle de réacteur plus performant, plus sûr, exposant moins les travailleur·euses et produisant moins de déchets radioactifs. Mais les nombreux défauts de conception et de réalisation apparus au fil des années, les dysfonctionnements à répétition et les réparations plus ou moins improvisées affaiblissent son niveau de sûreté, augmentent l’exposition des travailleur·euses et la production de déchets radioactifs (comme le couvercle de cuve défectueux qui devra être changé prochainement).
La CRIIRAD n’a cessé de répéter que ce réacteur ne fonctionnera jamais correctement. Entre janvier et septembre 2025 il aura passé plus de journées à l’arrêt, à consommer de l’électricité que de jours à en produire. Il faudra rester vigilants d’autant que l’inspection inopinée conduite par l’ASNR le 20 août 2025 a pointé l’insuffisance de la préparation à la gestion de crise.
Rédaction : Bruno CHAREYRON •
Notes :
Photo en haut de page : Centrale nucléaire de Taishan © EDF via WikimediaCommons
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