17/06/2026 – Centrale nucléaire du Tricastin : les eaux souterraines toujours polluées au tritium

🕙 Lecture 3 min.

Le 12 décembre 2021, EDF détectait une contamination record de tritium de 28 900 Becquerels par litre (Bq/l) dans les eaux souterraines du Tricastin. En cause : toute une série de dysfonctionnements (capteurs de niveau défaillants, circuits de pompage aberrants, canalisation et caniveaux non étanches, effectif insuffisant pour l’équipe de quart). Le 27 mai 2026, suite à une procédure lancée par le Réseau “Sortir du nucléaire” en 2022, la cour d’appel de Grenoble a reconnu, pour cet événement, la faute civile d’EDF et de M. Cédric Hausseguy, directeur de la centrale. Mais cet épisode n’est pas le premier : pas une année ne se passe sans qu’une présence anormale de tritium ne soit détectée sous la centrale du Tricastin.

Le tritium est un isotope radioactif de l’hydrogène. C’est le radionucléide le plus rejeté en routine par les centrales électronucléaires.

Dans les eaux de surface et les eaux souterraines superficielles qui ne se trouvent pas sous influence des rejets actuels de l’industrie nucléaire, la teneur en tritium est de l’ordre de 0,1 à 1 Bq/l. Dès lors que la teneur en tritium dans une eau dépasse 2 Bq/l, on peut considérer que l’échantillon présente une contamination en tritium, mais ce n’est que lorsqu’une valeur supérieure à 100 Bq/l est détectée qu’EDF considère qu’il s’agit d’un Événement Intéressant pour l’Environnement (EIE).

EDF est tenue de mesurer le tritium dans les eaux souterraines des centrales, et de publier les résultats sur le site du Réseau National de Mesures de la radioactivité de l’environnement (RNM) [1].

Comme l’avait montré la CRIIRAD fin 2025 à partir des données du RNM [2], toutes les centrales nucléaires françaises sont ou ont été concernées par des rejets non maîtrisés de tritium.

Mais c’est au Tricastin que ces épisodes sont les plus fréquents. Sur la période 2019-2025, outre le fait que le record de contamination y a été détecté (c’est l’épisode pour lequel EDF vient d’être condamnée), la centrale du Tricastin est la seule où des teneurs en tritium supérieures à 100 Bq/l ont été mesurées chaque année. Les informations publiées par l’exploitant ne permettent pas de savoir si les pics successifs de contamination sont dus à plusieurs épisodes de pollution, ou sont tous consécutifs à la fuite survenue fin 2021, les variations observées pouvant être dues aux mouvements des eaux souterraines.

Comme l’avait rappelé l’Autorité de Sûreté Nucléaire fin 2021, la contamination des eaux souterraines par du tritium constitue “un contournement des voies normales de rejet”.

Centrale nucléaire du TRICASTIN
Activités volumiques en tritium dans les eaux souterraines

Pour 2026, impossible de savoir où en est la situation des eaux souterraines du Tricastin : sur le site du RNM, les dernières données remontent à décembre 2025, contre avril à mai 2026 pour toutes les autres centrales. La CRIIRAD vient d’interroger EDF sur les raisons de ce retard.

Rédaction : Julien Syren •


Notes :
[1] https://mesure-radioactivite.fr/
[2] https://tinyurl.com/3re5a9w8

Photo en haut de page : Centrale nucleaire Tricastin © Sancio83 via Wikimedia Commons


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