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12/05/2026 – Incendies dans la zone d’exclusion de Tchernobyl : la CRIIRAD suit de près l’évolution de la situation

🕙 Lecture 5 min.

La chute d’un drone a causé un départ de feu dans les forêts de la zone d’exclusion de Tchernobyl. Pour l’heure, plus de 1 000 hectares de forêts contaminées par les retombées de Tchernobyl ont brûlé. Les incendies, fréquents dans ce secteur abandonné où la biomasse est dense, entraînent une remise en suspension dans l’air d’éléments radioactifs artificiels. De ce fait, ils peuvent induire une exposition aux rayonnements ionisants des populations locales et du personnel intervenant sur site (en premier lieu les pompiers). Le niveau de la contamination de l’air en France n’est pas un sujet d’inquiétude, mais la CRIIRAD suit la situation de près, notamment avec le réseau de balises qu’elle gère dans la vallée du Rhône.

Quarante ans après, l’environnement proche de la centrale nucléaire de Tchernobyl porte toujours les stigmates de la catastrophe. Compte tenu de la forte contamination, un périmètre de près de 5 000 km², soit environ un département français, reste interdit : c’est la zone d’exclusion, à cheval sur l’Ukraine, avec la “zone d’aliénation de la centrale nucléaire de Tchernobyl” (2 600 km²), et la Biélorussie, où se trouve la “réserve radioécologique d’Etat de la Polésie” (2 200 km²).

Le césium 137 et le strontium 90 sont les principaux radionucléides artificiels à période longue qui contaminent encore ces territoires. En 1997, les activités surfaciques dépassaient à certains endroits 20 millions de becquerels par mètre carré (Bq/m²) [1]. Compte tenu de leur période radioactive, il reste encore aujourd’hui 40% de la radioactivité initiale.

On trouve également, dans la zone d’exclusion, plusieurs isotopes du plutonium. Par exemple, les plutoniums 239 et 240, dont les périodes sont de 24 000 et 6 500 ans, atteignaient par endroits 1 million de Bq/m² en 2000 [2].

Depuis la catastrophe, le couvert forestier de la zone, laissée à l’abandon, s’est développé au détriment des zones cultivées. L’accumulation de végétaux morts, la densification de la biomasse ainsi que l’allongement de la saison sèche du fait du changement climatique ont entraîné une augmentation des feux de forêts. Plus de 1 100 départs de feux ont ainsi été recensés entre 1993 et 2013 [3]. L’un des pires épisodes est survenu au printemps 2020, comme l’avait alors relaté la CRIIRAD qui avait suivi de près l’évolution de la situation (voir les actualités de 2020).

Ces derniers jours, c’est la guerre qui est venue percuter le risque incendie : le 7 mai 2026, la chute d’un drone a entraîné le départ d’un vaste feu de forêt dans la zone d’exclusion de la centrale de Tchernobyl. Compte tenu des conditions météorologiques (temps sec, vent fort) et des difficultés d’accès liées aux mines laissées dans la zone depuis le début du conflit, l’incendie s’est très rapidement propagé, parcourant plus de 1 100 hectares de forêts contaminées.

D’après les images satellites du site internet FIRMS (Fire Information for Resource management Systems) [4] géré par la NASA (National Aeronautics and Space Administration), le foyer principal de l’incendie, qui se trouvait à une quinzaine de kilomètres au sud-est de la centrale nucléaire de Tchernobyl et dont l’étendue maximale était observée le 7 mai, avait disparu le 10 mai.

En revanche un nouveau foyer était observé le 11 mai, cette fois à moins de 10 kilomètres au sud de la centrale.

De tels incendies remettent en suspension dans l’air des radionucléides présents dans les sols et les végétaux contaminés.

Selon le SNRIU [5] (Inspection d’État de la réglementation nucléaire d’Ukraine), compte tenu des modélisations de trajectoire des panaches et des estimations des activités du césium 137 remis en suspension, aucune variation des débits de dose de rayonnement gamma n’est observée ni prévue, ni dans la zone d’exclusion ni à l’extérieur de celle-ci. La CRIIRAD a pu le vérifier en consultant les mesures disponibles le 11 mai 2026 à 12h sur les sites d’Ecocenter, l’entreprise d’État qui dispose d’un réseau de balises de surveillance de la radioactivité gamma (Saveecobot) [6] ainsi que de la plateforme européenne de surveillance radiologique EURDEP [7].

Dans son communiqué du 9 mai [8], le SNRIU mentionne la détection de césium 137 (680 microbecquerels par mètre cube ou 0,00068 Bq/m3) dans un prélèvement effectué le 8 mai à une distance s’échelonnant entre 30 et 150 mètres des zones de combustion actives. Les autres radionucléides artificiels potentiellement présents (strontium 90, américium 241, plutoniums 238, 239, 240) n’ont pas été détectés.

Si les incendies ne sont pas terminés, leur ampleur est pour le moment très inférieure à celle de l’épisode d’avril 2020 [9], au cours duquel 87 000 hectares avaient été détruits et où la teneur en césium 137 dans l’air avaient atteint de l’ordre de 1 Bq/m3 (d’autres radionucléides avaient été détectés, comme le plutonium 238, jusqu’à 1 mBq/m3).

La CRIIRAD reste attentive à l’évolution de la situation, à partir de plusieurs sources d’information, dont le site FIRMS, les communiqués du SNRIU, les sites d’Ecocenter et EURDEP et, pour ce qui est de la France, le réseau de surveillance de la radioactivité atmosphérique qu’elle gère dans la vallée du Rhône.


Mise à jour du 20 mai 2026 à 10h (heure de Paris)

D’après les images satellites de FIRMS, entre le 12 et le 17 mai plusieurs foyers d’incendie ont été observés, mais ils étaient de moindre ampleur et/ou plus éloignés de la centrale de Tchernobyl que ceux du 7 au 11 mai. Depuis le 18 mai, aucun foyer n’a été observé à moins de 70 kilomètres de la centrale.

Rédaction : Jérémie Motte & Julien Syren •


Pour en savoir plus

  • Consulter le site du réseau CRIIRAD de surveillance de la radioactivité atmosphérique : balises.criirad.org

Notes :
[1] https://recherche-expertise.asnr.fr/savoir-comprendre/crise/grands-incendies-dans-region-tchernobyl
[2] Ibid.
[3] Alan A. Ager, Richard Lasko, Viktor Myroniuk et Sergiy Zibtsev, « The wildfire problem in areas contaminated by the Chernobyl disaster », Science of The Total Environment, vol. 696,‎ décembre 2019, p. 133954
[4] https://firms.modaps.eosdis.nasa.gov/map/#d:2026-05-10;@30.152,51.296,12.146z
[5] https://snriu.gov.ua/news/shchodo-radiatsiinoho-stanu-u-zviazku-z-pozhezheiu-u-pryrodnykh-ekosystemakh-chornobylskoi-zony-vidchuzhennia
[6] https://www.saveecobot.com/en/platform/sse_ecocentre
[7] https://remap.jrc.ec.europa.eu/Advanced.aspx
[8] https://snriu.gov.ua/news/shchodo-radiatsiinoho-stanu-u-zviazku-z-pozhezheiu-u-pryrodnykh-ekosystemakh-chornobylskoi-zony-vidchuzhennia-stanom-na-09052026
[9] https://recherche-expertise.asnr.fr/savoir-comprendre/crise/grands-incendies-dans-region-tchernobyl

Photo en haut de page : © Ryan Arnst via Unsplash


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