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Depuis le mois de juillet, les habitantes et habitants des communes de La Chambre, La Chapelle et Les Chavannes-en-Maurienne ne peuvent plus boire l’eau de leur robinet ni l’utiliser pour la préparation et la cuisson des aliments [1]. En cause : une concentration en uranium supérieure à la limite de qualité fixée à 30 µg/l (microgramme par litre).
Bien que détectée récemment, la présence d’uranium dans l’eau de ces communes n’est pas nouvelle. La CRIIRAD a étudié les résultats obtenus lors des 10 dernières années [2]. Le constat est clair : sur les 28 contrôles qui ont concerné la radioactivité des eaux de ces communes, une activité alpha globale supérieure au critère réglementaire de 0,1 Becquerel par litre (Bq/l) a systématiquement été détectée, atteignant jusqu’à 3,02 Bq/l à La Chambre en juillet 2018. Ce critère n’étant pas contraignant, l’eau n’a jamais été jugée impropre à la consommation. La réglementation en vigueur impose cependant qu’en cas de dépassement, des contrôles complémentaires soient menés. Ils consistent à quantifier l’activité de 6 radionucléides naturels [3] et à déterminer si la dose reçue par la population, du fait de la consommation de cette eau, ne dépasse pas 0,1 millsievert (mSv) sur l’année. Alors que la base de données recense 28 dépassements du critère alpha, seuls cinq résultats du calcul de dose indicative (DI) sont disponibles. Parmi eux, un seul résultat dépasse la référence de qualité de 0,1 mSv/an. Il concerne le prélèvement du 12 août 2020 sur la commune de La Chambre (0,18 mSv/an). S’agissant d’une référence de qualité et non d’une limite, la gestion est à l’appréciation des autorités qui n’imposent aucune restriction d’usage.
Les contrôles complémentaires ont toutefois révélé dans quatre cas sur cinq, la présence d’uranium 238 (isotope le plus abondant de l’uranium à l’état naturel) à une activité supérieure à 0,4 Bq/l soit, en faisant la conversion en µg/l, à une concentration supérieure à la limite de qualité de 30 µg/l (voir tableau ci-dessous).
Or, ce n’est que depuis janvier 2026 [4] que l’élément chimique uranium est spécifiquement recherché.
|
Nom |
Date |
Dose Indicative |
Activité de |
Calcul de la concentration |
|---|---|---|---|---|
|
La Chambre |
09/01/2017 |
0,012 |
0,12 |
9,60 |
|
La Chambre |
12/08/2020 |
0,18351 |
1,24 |
99,20 |
|
La Chapelle |
28/04/2026 |
0,05739 |
0,70 |
56,00 |
|
La Chapelle |
01/06/2016 |
0,066 |
0,85 |
68,00 |
|
Les Chavannes-en-Maurienne |
30/05/2017 |
0,052 |
0,58 |
46,40 |
Tableau : compilation des résultats de dose indicative et d’activité de l’uranium 238 disponibles sur la base de données des résultats des contrôles sanitaires de l’eau destinée à la consommation humaine, issue de data.gouv.fr
Alors que la présence d’uranium dans les eaux de cette région alpine est connue par les géologues depuis des décennies [5],[6], on ne peut que s’interroger sur l’exhaustivité de la caractérisation radiologique et chimique des eaux avant la mise en service du réseau de distribution. Un surcroît de vigilance aurait pourtant été attendu afin d’éviter que les populations consomment durant des années une eau riche en uranium.
Rédaction : Marion Jeambrun •
Notes :
[1] Pour la commune de La Chambre, le syndicat gestionnaire du réseau d’eau a déconnecté le captage concerné et l’a interconnecté à un autre captage à proximité. Pour les autres communes une distribution d’eau embouteillée a été mise en place.
[2] Les bases de données disponibles sur le site data.gouv.fr ne compilent les résultats des contrôles dans les eaux potables que depuis 2016.
[3] Les radionucléides recherchés et qui sont utilisés pour le calcul de la dose sont l’uranium 234, l’uranium 238, le radium 226, le radium 228, le polonium 210 et le plomb 210. Contrairement aux revendications de la CRIIRAD, l’activité du radon 222 n’est pas utilisée dans le calcul.
[4] La directive européenne 2020/2184 fixait au 12 janvier 2026 « au plus tard » la mise en œuvre de nouvelles dispositions de contrôle, dont le dosage de l’élément chimique uranium.
[5] CRUCHET, Marc, 1983. Relations entre l’hydrogéologie, le thermalisme et les circulations d’eaux uranifères dans les roches fissurées: les massifs cristallins externes de basse Maurienne (Savoie) – Alpes françaises [en ligne]. Thèse de doctorat. Géologie appliquée option hydrogéologie. Université scientifique et médicale de Grenoble. Disponible sur : https://theses.hal.science/tel-00604532.
[6] https://urls.fr/uTZZpa
Photo en haut de page : © Silvan Schuppisser via Unsplash (retouchée)
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