L’affaire
Litvinenko
Alexandre Litvinenko est un ancien colonel du FSB (structure issue
du KGB), opposant notoire à Vladimir Poutine et réfugié politique
au Royaume-Uni depuis 1999. 
Le 1er novembre 2006, il rencontre à Londres, au bar
de l’hôtel
Millennium, 3 anciens membres d’agences de sécurité dépendant
du Kremlin : Andréï Lougovoï, Dimitri Kovtoun et Viacheslav
Sokolenko. Il rejoint, plus tard, un contact italien, Mario Scaramella, dans
un restaurant japonais Itsu. Celui-ci lui remet des documents relatifs au meutre
de la journaliste Anna Politkovskaïa ainsi qu’une liste de cibles
des services secrets russes sur laquelle il figure. Peu après, il est
pris de malaises et doit être hospitalisé. Les médecins ne
peuvent rien contre la dégradation de ses fonctions vitales. Il est admis
le 20 novembre en soins intensifs. Il décède le 23, à l’âge
de 43 ans, après 3 semaines d’agonie.
Ce n’est que le lendemain que les analyses révèlent une contamination
par un produit radioactif,
très radiotoxique, le polonium 210.
Alors que Scotland Yard enquête et que les médias parlent désormais
d’assassinat, les contrôles se multiplient. Ils vont révéler
la contamination d’une vingtaine de lieux : des Boeing 767 de la British
Airways qui ont effectué la liaison Moscou/Londres, le bar du Millennium,
le restaurant japonais, le domicile de Litvinenko, les 2 hôpitaux où il
a été soigné, les bureaux du milliardaire russe en exil
Berezovky, un hôtel du Sussex où s’est rendu Scaramella, le
stade du club d’Arsenal, le domicile de proches de Kovtoun à Hambourg,
etc. La contamination concerne également certains de ceux qui ont fréquenté les
sites et les personnes contaminés. Environ 135 personnes auraient incorporé, à des
doses très diverses, un peu du polonium 210 utilisé pour assassiner
Alexandre Litvinenko.
Un antidote ?
A l’occasion de cette affaire, une intense désinformation s’est
développée dans les médias, en particulier en France. En écoutant
les “experts” s’exprimer dans diverses émissions télé et
radio-diffusées, à lire les interviews qu’ils ont données
dans la presse, nous avons cru replonger en mai 1986, au plus fort des
mensonges sur les retombées de Tchernobyl. Comme en 1986, toutes les “erreurs” allaient
dans le sens de la minoration : sous-évaluation de la “durée
de vie” du polonium 210, sous-évaluation des risques de contamination
et des effets sanitaires... Dans l’émission C dans l’air,
un “expert” a même affirmé qu’Alexandre Litvinenko
n’avait absolument pas souffert !
Ce dossier ne contient pas de révélations sur l’identité des
commanditaires de l’assassinat. Le contre-espionnage n’entre pas
dans le domaine de compétence de la CRIIRAD. L’objectif est de donner à chacun
des éléments pour comprendre les quantités et les mécanismes
en jeu dans la contamination ainsi que la nature des risques. Nous prendrons
le temps d’analyser quelques déclarations clefs publiées
dans les médias afin que chacun puisse en tirer des leçons et mieux
exercer à l’avenir son esprit critique. Une large partie de cette
publication a également pour objectif d’alerter sur les insuffisances
de notre système réglementaire qui permet, entre autres, la vente
sur Internet du polonium 210 et de bien d’autres radionucléides
très radiotoxiques. Les 4 pages de conclusion proposent des axes d’action
pour une meilleure protection de notre santé et de notre environnement.
Il est clair que les pages qui suivent n’ont rien d’un roman
mais nous espérons qu’elles resteront accessibles à tous ceux
qui feront l’effort de les lire. N’hésitez pas à nous
faire part de vos critiques. Compte tenu de la charge de travail, des réponses
individuelles ne seront pas toujours possibles mais tous les courriers seront
lus avec attention et utilisés pour améliorer les prochaines
publications.
La directrice, Corinne
Castanier
E-mail : corinne.castanier@criirad.org
Il
n’existe pas d’antidote au polonium 210
mais il est possible de lutter contre la désinformation ! |