Nouveau
dysfonctionnement grave sur le site nucléaire
du Tricastin.
Premier commentaire (à chaud)
de la CRIIRAD
Un communiqué des
Préfectures du Vaucluse et de la Drôme
vient d’informer le public qu’une opération de
nettoyage d’une cuve sur le site de la SOCATRI a conduit au
déversement
de 30 m3 d’effluents radioactifs sur le sol et dans le canal
adjacent. Ce communiqué vient d'être complété par un communiqué de
l'ASN.
Les
communiqués des Préfectures et de l'ASN indiquent que ces
effluents contenaient 12 grammes d’uranium par litre. L’utilisation
de l’unité de
masse au lieu de l’unité de mesure de l’activité (le
becquerel) ne rend pas compte de l’ampleur de la fuite. Il
est utile de comparer le rejet accidentel aux limites annuelles
que doit
respecter la SOCATRI.
1. Violation de la limite annuelle de rejet
En prenant l’hypothèse d’un rapport isotopique
naturel (soit 0,7% d’uranium 235) et de l’absence d’uranium
artificiel (ni uranium 236 ni uranium 232), l’activité massique
correspondant à 12 grammes par litre est d’un peu
plus de 307 000 Bq/litre[1], soit
pour 30 mètres cube d’effluents,
une activité totale en uranium de plus de 9 200 000 000
becquerels, soit 9 200 MBq (mégabecquerels)
Aux termes de l’arrêté du 16 août 2005, la
SOCATRI ne doit pas rejeter sur un an, dans le canal de Donzère-Mondragon,
plus de 71,7 MBq en isotopes de l’uranium.
La fuite qui s’est produite a donc conduit à un rejet
dans l’environnement plus de 100 fois supérieur à la
limite annuelle (128 fois sur la base d’une hypothèse
qui n’est absolument pas maximaliste).
Précisons par ailleurs, que les rejets doivent être
effectués
dans le canal de Donzère-Mondragon, où le débit
doit assurer une dilution suffisante des effluents radioactifs.
Ici le rejet a été effectué en partie dans
un canal débouchant sur le ruisseau de La Gaffière
(qui ne présente
pas les capacités de dilution requises) et pour partie
sur le sol (aucune précision n’a été donnée
sur les volumes de terre contaminés, ni sur la profondeur
des infiltrations : la nappe alluviale n'est qu'à 2 ou 3 mètres
de profondeur).
Par ailleurs, si les effluents contenus dans la cuve proviennent
d’installations
qui travaillent sur l’uranium de retraitement (un uranium qui
comporte des radionucléides artificiels) les rejets sont
strictement interdits.
2.
Violation de la limite d’activité volumique (concentration)
Aux termes de l’arrêté du 16 août 2005,
la limite d’activité volumique des isotopes de l’uranium
dans les effluents après traitement doit être
inférieure à 50
Bq/l. Toujours sur la base d’un rapport isotopique
naturel et de l’absence d’isotopes artificiels,
l’activité massique
des effluents serait d'environ 300 000 Bq/l, soit un
dépassement
de plus de 6 000 fois la limite réglementaire.
La
CRIIRAD demande la communication immédiate des résultats
d’analyse détaillés par radionucléide,
ce qui permettra d’affiner les calculs et de préciser
la nature des infractions et l’importance des risques environnementaux,
voire sanitaires. Les effluents étant stockés dans
une cuve, la SOCATRI devait en connaître la composition isotopique...
ou alors c’est un dysfonctionnement supplémentaire.
La transparence est dans tous les discours, ce serait mieux qu'elle
soit dans les actes.
Il est intéressant
de remarquer que lorsqu’une fuite accidentelle se produit et
qu’elle est inférieure, ou très inférieure,
aux limites de rejet, cette comparaison est systématiquement
mise en avant par l’exploitant et l’Autorité de
sûreté nucléaire et l’Etat. En revanche,
lorsque la fuite représente un dépassement considérable
(plus de 100 fois et plus de 6 000 fois) des limites maximales, la
comparaison disparait du discours officiel et les résultats
sont présentés… en grammes !
[1] Cette activité pourrait être nettement supérieure
avec une teneur en uranium 235 supérieure à la teneur
naturelle (la SOCATRI peut traiter de l’uranium enrichi jusqu’à 5%
!) et en cas de présence d’uranium de retraitement (et
donc d’isotopes artificiels de l’uranium).