
- « Le scandale de la France contaminée »
Tel était le titre de l’émission « Pièces à conviction » diffusée
le 11 février dernier. Elle s’ouvrait sur le
dossier du parking radioactif : « Notre enquête
commence à Gueugnon, en Saône-et-Loire. Nous
sommes ici à quelques mètres du stade de football.
Les soirs de match, tous les supporters viennent ici. Pourtant
l’un des deux parkings sur lesquels ils se garent est
contaminé. Radioactif. »
En effet, des contrôles effectués par le laboratoire
de la CRIIRAD et confirmés par la DRIRE avaient mis
en évidence des niveaux d’irradiation anormaux
sur l’ensemble du parking. Il faut dire que près
de 25 000 tonnes de déchets radioactifs ont été enfouis,
en vrac, dans le sous-sol. Il s’agit de résidus
provenant du traitement du minerai d’uranium et produits
par l’ancienne usine Cogéma, implantée à proximité,
sur la rive droite de l’Arroux. Ce dépôt
n’a pas d’existence légale et contrevient
aux règles de gestion en vigueur : les déchets
ne sont pas conditionnés et rien ne les protège
de la lixiviation par l’eau de pluie ou des remontées
d’eaux souterraines.
-
Enlèvement des déchets radioactifs ou simple
recouvrement ?
A la demande de la DRIRE, deux options ont été définies
par AREVA (Cogéma), c’est-à-dire par
le producteur des déchets :
- Pour un coût de 700 000 €HT : la décontamination
complète du parking sud : le décaissage et
le transfert de 33 000 m3 de résidus et le comblement
de la cavité par des matériaux non radioactifs.
Le règlement du problème est définitif.
- Pour un coût de 350 000 €HT, finalement porté à près
de 500 000 €HT : le décapage superficiel des
emplacements les plus actifs (enlèvement de 1 200
m3 de résidus) et le recouvrement du parking par une
couche de matériaux neutres et 5 cm d’enrobé.
Le traitement du problème est provisoire et limité :
l’irradiation induite par les produits radioactifs
ne devrait plus être perceptible en surface mais les
25 000 tonnes de déchets restent dans le sous-sol.
L’Administration n’ayant rien imposé à Areva,
c’est logiquement l’option la moins onéreuse
que l’exploitant s’est proposé de mettre
en œuvre.
- La réunion
du 21 avril 2009
Lors de la réunion de la CLIS[1] qui s’est tenue à la
sous-préfecture de Charolles, le président
de la CRIIRAD a défendu l’option du retrait
total des déchets radioactifs. En effet, le recouvrement
par une couche d’enrobé n’a rien d’une
solution pérenne… surtout en regard de la « durée
de vie » de ces déchets qui se compte en centaines
de milliers d’années. L’option « recouvrement » ne
fait que reporter le problème à plus tard (15
ans ? 20 ans ?) et il incombera alors à la collectivité,
et non plus au pollueur, d’assumer les dépenses.
Il est dans l’intérêt de la population
que la décontamination soit totale. Le président
de la CRIIRAD soulignait par ailleurs que la révision à la
hausse des estimations rapprochait le coût de la solution
définitive (700 000 €HT une fois pour toute)
de celle du simple recouvrement (500 000 €HT avec des
travaux à renouveler régulièrement sur
des milliers d’années !).
Au plus fort de la réunion, le représentant
d’AREVA a semblé prêt à reconsidérer
la position de l’exploitant … mais le maire de
Gueugnon bloquait alors toute possibilité de négociation
: selon lui, dans la mesure où plus rien ne serait
détectable en surface, où le site serait goudronné et
entouré d’une « belle palissade en bois »,
les déchets radioactifs pouvaient bien rester dans
le sous-sol !
- La responsabilité du conseil municipal
Il reste encore une chance. Le jeudi 14 mai au soir,
le Conseil municipal de Gueugnon se réunit et doit se prononcer
sur le dossier. Lors de la réunion du 21 avril, la
CLIS s’est déclarée en faveur des travaux
mais sans préciser lesquels : enlèvement des
déchets ou simple recouvrement. Il est encore possible
d’organiser la décontamination totale du site.
o Soit les élus retiennent cette option et la page
du parking radioactif peut enfin se tourner.
o Soit ils acceptent que les déchets radioactifs restent
dans le sous-sol et le dossier va rebondir tant sur le plan
administratif que judiciaire. Ils prennent alors le risque
de perdre l’usage du parking… tout en conservant
les déchets radioactifs ! Les responsables devront
expliquer à la population pourquoi ils ne se sont
pas battus pour obtenir l’enlèvement des déchets
et garantir l’usage du parking.
-
La transformation du parking en installation de stockage
de déchets radioactifs !
En effet, interpellée par la CRIIRAD sur la présence
illégale des déchets radioactifs dans le sous-sol
du parking, la DRIRE a annoncé qu’elle régulariserait
la situation en incluant le parking dans le périmètre
de l’installation classée pour la protection
de l’environnement (ICPE).
Le parking devrait donc être inscrit sous le numéro
1735 de la nomenclature des ICPE, qui regroupe les installations
de dépôt, entreposage ou stockage de substances
radioactives sous forme de résidus solides de minerai
d’uranium, de thorium ou de radium ainsi que leurs
produits de traitement.
Or, il s’agit d’une modification très
importante apportée à l’ICPE existante
et qui nécessite le dépôt d’une
nouvelle demande d’autorisation avec enquête
publique et étude d’impact (cf. notamment l’article
512-33 du code de l’environnement). Dans le cadre de
cette procédure, l’accès du public à l’ICPE
sera nécessairement examiné : l’utilisation
d’une installation à risque en tant que parking
ouvert au public constituerait en effet un précédent
inquiétant.
Par ailleurs, des recours seront introduits contre
la décision
de l’Administration de « régulariser » une
situation de pollution par un simple jeu d’écritures
au lieu de traiter le problème sur le fond. La procédure
envisagée par la DRIRE vise en effet à transformer
un site contaminé en stockage dûment autorisé au
titre de la rubrique 1735 de la nomenclature des ICPE.
Au-delà du cas de Gueugnon, cette « gestion » des
sites pollués créerait un précédent
extrêmement dommageable pour la défense des
intérêts environnementaux et sanitaires. Si
ce projet est mené à terme, la CRIIRAD espère
pouvoir compter sur une mobilisation au niveau national,
tant de l’opinion publique que du milieu associatif.
[1] Commission Locale
d’Information
et de Surveillance.