Impact
de l’exploitation
de l’uranium par AREVA au Niger et au Gabon
Observatoires
de la Santé : Progrès réel
ou écran de fumée ?
AREVA devrait annoncer demain
la création d’Observatoires de la Santé autour
des mines d’uranium exploitées par le groupe à travers
le monde, à commencer par le Niger et le Gabon. La CRIIRAD
pose plusieurs questions et émet de nombreuses réserves
sur ce projet. Si Areva ne propose pas certaines garanties
(inclusion de toutes les personnes concernées, prise
en compte de toutes les pathologies incriminées, dispositifs
d’indemnisation adaptés…) et ne prend pas
en parallèle des dispositions pour réduire l’impact
sanitaire et environnemental de ses activités, la mise
en place de ces observatoires ne constituera pas un progrès
réel.
La création d’Observatoires de la santé par
Areva autour des mines d’uranium constitue-t-elle un
progrès réel ou s’agit-il d’une nouvelle
opération de communication ? La CRIIRAD appelle les
travailleurs et les populations dont les intérêts
sont censés être défendus par ces accords à ne
pas se réjouir trop vite et souhaite attirer l’attention
des citoyens et des medias sur plusieurs points :
1 / Le conflit d’intérêt
Les Observatoires de la Santé ont pour vocation d’étudier
l’impact sanitaire des activités d’extraction
de l’uranium par AREVA et ses filiales et d’’indemniser
les personnes souffrant de pathologies induites par ces activités
d’extraction.
Le fait que ces structures soient mises en place par l’industriel
responsable des pollutions montre bien les carences des dispositifs
de protection sanitaire et constitue en soi une anomalie fondamentale.
Le conflit d’intérêts au sein des observatoires
n’augure en effet rien de bon.
2 ./ AREVA est elle prête à donner aux victimes
des garanties sérieuses de prise en charge ?
Pour juger de la qualité du dispositif, il faudra veiller
en tout cas à ce que l’ensemble des personnes
touchées soient prises en compte, que toutes les pathologies
incriminées soient considérées et que
l’entreprise reconnaisse effectivement un lien entre
ses activités et les pathologies incriminées.
Personnes concernées
La première question est de savoir si les accords ne
concernent que les salariés ou l’ensemble des
populations riveraines des sites d’extraction. Dans bien
des cas en effet, l’exposition des populations est loin
d’être négligeable sur le plan sanitaire
et les doses subies sont, pour certains sites, supérieures
aux limites admissibles.
Liste des pathologies
AREVA est elle prête à prendre en compte toutes
les pathologies susceptibles d’être imputables à la
pollution chimique et radiologique induite par l’extraction
de l’uranium ?
Bien souvent ne sont prises en compte que les pathologies
listées
au tableau N°6 des maladies professionnelles du Code de
la Sécurité Sociale français. Or il s’agit
d’une liste désuète datant de 1984 (cf.
Annexe 1) et qui ne comporte que 3 types de cancers radio-induits.
Les connaissances actuelles sur les effets des expositions
chroniques à de faibles doses de rayonnement montrent
que les atteintes à la santé concernent de nombreux
types de cancers et l’ensemble des fonctions vitales.
Il peut s’agir d’atteintes cardiovasculaires, de
maladies rénales, d’affections neurologiques,
etc. et pas seulement de cancer broncho-pulmonaire, de sarcome
osseux ou de leucémie. Il faudra prendre en compte également
les effets de synergie entre polluants chimiques et radioactifs.
Charge de la preuve
Le dispositif d’indemnisation proposé par AREVA
sera-t-il orienté au bénéfice des malades
?
Si l’entreprise exige par exemple que les malades apportent
la preuve d’un lien de causalité certain entre
leur affection et les conditions de travail, il n’y aura
pratiquement aucune chance pour que des personnes soient un
jour indemnisées, en effet il n’y a que très
rarement une signature spécifique des expositions aux
faibles doses de radiation. Dans ce cas les malades joueraient
d’avantage un rôle de cobayes, les Observatoires
de la Santé permettant de compiler des données
sanitaires sans réel bénéfice pour les
malades.
D’autres questions devront bien entendu être posées à AREVA
telles que : l’indemnisation des ayants droits des personnes
décédées, la pérennité des
dispositifs d’indemnisation, l’indépendance
et la compétence des experts qui auront à statuer
sur les différents cas, etc.
3 / AREVA est-elle prête à s’engager réellement à réduire
l’impact de ses activités ?
Pour la CRIIRAD, il est très important que les populations
et les travailleurs rendus malades par des pratiques d’exploitation
laxistes soient correctement indemnisés et soignés.
Il faudra veiller à ce que ces soins soient prodigués
aussi longtemps que les impacts seront effectifs. Il peut s’agir
de plusieurs décennies voire centaines d’années
après la fin de l’exploitation si les sites ne
sont pas correctement réaménagés ce qui
est malheureusement le cas pour les anciens sites d’AREVA
en France ou au Gabon.
Il est essentiel en outre qu’AREVA s’engage à réduire
l’impact environnemental et sanitaire de ses activités,
c’est-à-dire s’engage à limiter les
niveaux d’exposition aux radiations et aux polluants
chimiques tant pour les travailleurs des sites d’extraction
de l’uranium que pour les populations locales.
L’extraction de l’uranium est la première étape
du cycle du combustible nucléaire et reste l’une
des plus polluantes.
Les constats effectués par la CRIIRAD depuis décembre
2003 au Niger montrent qu’AREVA et ses filiales ont bien
des progrès à faire en ce domaine.
En parallèle à la création des Observatoires
de la Santé, il est indispensable qu’AREVA prenne
des engagements visant à réduire les impacts.
Engagement, par exemple, à
-
Limiter les rejets de radon 222 un gaz radioactif cancérigène
pour l’homme. Or des dizaines de bouches d’aération
des mines souterraines rejettent ce gaz directement dans l’atmosphère à Akokan
(Niger).
-
Mettre en œuvre en urgence de dispositifs de protection
des entreposages de résidus radioactifs (limitation
des risques d’envol de poussières radioactives,
limitation de l’érosion, etc.) et garantir le
confinement pendant des milliers d’années des
plus de 30 millions de tonnes de résidus radioactifs qui
sont entreposés à l’air libre à Arlit
et Akokan (Niger).
-
Limiter les envols de poussières radioactives issues
des mines et stockages à l’air libre des tas
de minerai radioactif.
-
Lancer une campagne de récupération des matériaux
radioactifs issus des mines et des usines d’extraction
de l’uranium qui ont été réutilisés
pendant des décennies par la population (ferrailles
contaminées, remblais radioactifs).
-
Garantir l’accès à une eau non contaminée
après la fin de l’exploitation. L’exploitation
de l’uranium à Arlit et Akokan a conduit à soutirer
plus de 270 millions de m3 dans une nappe fossile. La mise
en exploitation du gisement d’Imouraren conduira au soutirage
de 12 à 13 millions de m3 par an. AREVA reconnaît
que la nappe souterraine sera asséchée à la
fin de l’exploitation dans une quarantaine d’années.
De plus l’exploitation nécessitera l’excavation
de près de 4 milliards de tonnes de roches et produira
des montagnes de déchets : stériles miniers amoncelés
en verses de 40 mètres de haut sur 20 km2 et 245 millions
de tonnes de déchets radioactifs à très
longue période dont personne ne sait comment garantir
le confinement.
-
Limiter les impacts indirects liés à l’utilisation
de charbon pour fournir l’énergie aux complexes
d’extraction de l’uranium. En 2006, au Niger, 85
% de l’électricité commercialisée
par la SONICHAR était achetée par SOMAÏR
et COMINAK. La mise en exploitation des nouveaux gisements
d’uranium va faire passer la consommation de charbon
de 160 000 tonnes à 400 000 tonnes en 2011. La population
de Tchirozérine, commune où sont implantées
la mine de charbon et la centrale thermique se plaint de l’impact
de la pollution atmosphérique et de la pollution des
eaux.
NB : certains de ces points sont développés dans
le rapport CRIIRAD N°08-02 de janvier 2008
4 / Réserves de la CRIIRAD sur les intentions d’AREVA
La CRIIRAD est d’autant plus réservée sur
la création de ces observatoires de la Santé que
:
A / AREVA continue de dissimuler l’impact dosimétrique
et donc sanitaire réel de ses activités.
En voici 2 exemples :
-
A Arlit et Akokan, les concentrations en uranium dans certains
puits dépassent d’un facteur 10 les normes de
l’Organisation Mondiale de la Santé. Ceci a été démontré par
la CRIIRAD mais aussi par les laboratoires officiels (Algade
et IRSN) commandités par AREVA pour faire des contrôles.
Pourtant AREVA continue à déclarer dans son dossier
de presse de 2009 : «Les analyses bactériologiques
(mensuelles), radiologiques (semestrielles) et chimiques (annuelles)
montrent l’absence de contamination». (cf. Annexe
2).
-
Certains groupes de population autour des mines d’AREVA
au Niger subissent des doses de radiation supérieures à la
dose maximale annuelle admissible de 1 milliSievert. Ce constat émane
de l’IRSN, Institut de radioprotection officiel français
(cf. Annexe 3). Les doses limites sont dépassées
alors que le calcul de l’IRSN est basé en grande
partie sur les propres mesures d’AREVA et que certaines
voies d’exposition sont négligées (l’inhalation
des poussières radioactives, l’irradiation par
les ferrailles ou les stériles radioactifs réutilisés,
etc..). Pourtant AREVA continue à déclarer dans
son dossier de presse de 2009 que « la limite (de dose)
est respectée autour des mines et dans les villes voisines
d’Arlit et d’Akokan » (cf. Annexe 4).
En préalable à toute « négociation » avec
AREVA, la CRIIRAD estime que les ONG devraient exiger de l’entreprise
qu’elle commence par reconnaître la réalité des
pollutions qu’elle génère.
B / Alors qu’elle diffuse abondamment des documents publicitaires,
AREVA refuse de communiquer les informations factuelles sur
l’impact radiologique de ses activités.
En voici 2 exemples :
-
En Mai 2007 la CRIIRAD a adressé un courrier à Mme
Anne Lauvergeon, présidente du groupe AREVA l’informant
de la découverte de stériles radioactifs au Niger devant
l’hôpital de la COMINAK (niveau de radiation
100 fois supérieur à la normale) et lui demandant
un inventaire des autres lieux contaminés par ce type
de déchets à Arlit et Akokan. Les déchets
auraient bien été enlevés devant l’hôpital
d’AKOKAN (plus de 8 mois après le courrier de
la CRIIRAD) mais Mme Lauvergeon n’a jamais transmis à la
CRIIRAD les documents demandés (cf. Annexe 5).
-
De la même manière, AREVA et sa filiale la COMUF
n’ont jamais transmis à la CRIIRAD les documents
décrivant la situation radiologique autour des anciennes
mines de Mounana (Gabon) demandés en mars 2007 (cf.
Annexe 6). La transmission de ces documents a été refusée également
par les autorités Gabonaises. Cette attitude est d’autant
plus choquante que les mesures préliminaires effectuées
en octobre 2007 par un correspondant local avec du matériel
prêté par la CRIIRAD révélaient
de fortes contaminations résiduelles
ANNEXES : Pour consulter les annexes de ce communiqué de
presse (format PDF) cliquez sur le lien suivant :
http://www.criirad.org/actualites/dossiers-08/niger-areva/annexes.pdf
Pour
plus de précisions, consulter les dossiers Niger sur www.criirad.org
ou envoyer un mail à communication@criirad.org