Commission de Recherche et
d'Information Indépendantes sur la Radioactivité
COMMUNIQUE
CRIIRAD - 8 décembre 2009
AREVA : le nucléaire propre ?
La CRIIRAD dénonce
les déclarations d’AREVA et demande la décontamination
des sites pollués par le groupe au Niger et au Gabon
Alors
que s’ouvre le sommet de Copenhague sur le climat,
Mme Anne Lauvergeon, présidente du directoire d’AREVA,
a été interviewée sur France Info le
7 décembre 2009. Elle a déclaré que « le
nucléaire, ça ne fait pas de CO2 » et
qu’il ne produit que « de toutes
petites quantités
de déchets ».
Interview
de Anne Lauvergeon sur France Info le 7/12/2009
La
CRIIRAD dénonce ces affirmations erronées
et demande à Mme Lauvergon de prendre des mesures
urgentes pour traiter les sites contaminés par
les filiales du groupe AREVA au Gabon et au Niger.
La CRIIRAD rappelle que
1 / le nucléaire rejette bien
des gaz à effet de serre
2 / qu’à chaque étape
du processus de production, il produit de grandes quantités
de déchets radioactifs dont le confinement n’est
pas assuré
3 / AREVA laisse en outre des populations
vivre sur des terrains ou dans des habitations contaminées
par ses activités. Quelques exemples sont indiqués
ci-après.
Les décisions qui vont être prises
au sommet de Copenhague ne doivent pas être fondées
sur les informations erronées de l'industrie nucléaire.
Extraction de l’uranium
L’énergie nécessaire au fonctionnement
des usines d’extraction de l’uranium des filiales
d’AREVA à ARLIT (Niger) provient d’une
centrale thermique au charbon particulièrement polluante
[1]. Pour la mine et l’usine de la COMINAK, la production
d’une tonne d’uranium nécessite 9,7 tonnes
Equivalent Pétrole [2]. Il est probable que la mise
en exploitation du gisement d’Imouraren (Niger) aura
un bilan d’émission de gaz à effet de
serre encore plus lourd compte tenu des faibles teneurs du
minerai et de la nécessité de déplacer
3,8 milliards de tonnes de roches pour y accéder
[3].
En France l’extraction du minerai a conduit à produire
plus de 50 millions de tonnes de résidus radioactifs à très
longue période dont le confinement n’est pas
assuré [4]. Au Niger il s’agit de plus de 35
millions de tonnes de résidus radioactifs entreposés à l’air
libre à quelques kilomètres de l’agglomération
d’ARLIT et Akokan où vivent environ 80 000 personnes
[2]. Des déchets miniers radioactifs ont en outre été utilisés
pour remblayer des pistes. En 2007 la CRIIRAD a révélé que
de tels déchets, présentant un niveau de radiation
100 fois supérieur à la normale étaient
présents devant l’hôpital de la COMINAK
(filiale d’AREVA) à Akokan (Niger) [5]. Une
mission conduite par Greenpeace à AKOKAN en novembre
2009 a confirmé que des niveaux de radiation élevés
persistaient sur de nombreux secteurs de la ville [6]
Au Gabon, la COMUF, filiale d’AREVA a produit sur le
gisement d’uranium de Mounana 7,5 millions de tonnes
de boues radioactives, dont 2 millions de tonnes ont été déversées
dans la rivière. Les mesures effectuées par
la CRIIRAD en 2009 montrent qu’une partie de ces déchets
radioactifs est à l’air libre dans la forêt
voisine. Les mesures de 2009 confirment en outre que les
logements des cadres et des ouvriers de la COMUF ont été construits
avec des matériaux radioactifs. Les populations sont
ainsi soumises à leur insu à des doses de radiation
totalement injustifiées [7].
Purification de l’uranium
La purification des concentrés uranifères est
effectuée à l’usine AREVA-COMURHEX de
Malvési (France). En 2007, cette usine a rejeté 384
500 tonnes d’équivalent CO2 (CO2 et N2O) pour
14 000 tonnes d’uranium produites [8]. Le fonctionnement
de l’usine a généré à ce
jour plus de 250 000 tonnes de boues radioactives entreposées
dans des bassins non étanches [8]. Certains de ces
bassins ont cédé en mars 2004 polluant
ainsi la plaine voisine [9].
Retraitement des combustibles usés
L’usine de retraitement des combustibles usés
qu’exploite AREVA à La Hague (France) est une
des installations les plus polluantes sur le plan radiologique.
Elle rejette en particulier dans l’atmosphère
de très grandes quantités d’un gaz radioactif,
le krypton 85 conduisant à multiplier par 60 la radioactivité moyenne
annuelle de l’air dans les villages voisins [10]. Compte
tenu de sa longue période (10 ans) la concentration
de ce gaz ne cesse d’augmenter dans l’ensemble
de l’hémisphère nord. Certains chercheurs
ont soulevé la question de l’impact de cette
ionisation artificielle de l’atmosphère
sur le climat.
En outre l’usine de la Hague est un des principaux
producteurs de gaz à effet de serre de la région
Nord Cotentin. Elle a rejeté 80 551 tonnes de
C02 en 2007 [11].
La
question de l’eau
Dans son interview du 7 décembre 2009 Mme Lauvergeon
s’est émue des problèmes du désertification
au Sahel. La CRIIRAD rappelle que l’extraction de l’uranium
est une opération qui consomme de très grandes
quantités d’eau et entraine une contamination
des ressources locales par des polluants radioactifs et chimiques
[2]. AREVA admet qu’à l’issue des 40 ans
d’exploitation du gisement d’Imouraren (Niger),
il se produira un « assèchement local des nappes » [3].
S’agissant du réchauffement et des gaz à effet
de serre, il faut rappeler en outre que le rendement thermique
des centrales nucléaires est de l’ordre de 30
%. C'est-à-dire que les 2/3 de l’énergie
fournie par la réaction nucléaire est perdue
sous forme de chaleur. Cette chaleur entraine le réchauffement
des eaux de mer ou de rivière utilisées pour
le refroidissement des réacteurs et conduit à rejeter
de très grandes quantités de vapeur d’eau
via les aéroréfrigérants. La vapeur
d’eau est, il faut le rappeler, un gaz à effet
de serre.
Contact
: Bruno Chareyron, ingénieur en physique nucléaire,
responsable du laboratoire de la CRIIRAD. E-Mail :bruno.chareyron@criirad.org
Références
[1] Note CRIIRAD N°09-25 / Mine de Charbon et centrale
thermique de production d’électricité SONICHAR à Tchirozérine
(Niger) / B. Chareyron, 16 juin 2009.
[2] Note CRIIRAD N°08-02 / AREVA uranium Niger : du discours à la
réalité / L’exemple des mines d’uranium
du Niger / B. Chareyron, 30 janvier 2008.
[3] AREVA / Etude d’impact sur l’environnement
/ Exploitation du Gisement d’Imouraren.
[4] Note CRIIRAD / Impact radiologique de 50 années
d’extraction de l’uranium en France. Exiger de
COGEMA-AREVA un réaménagement satisfaisant
des sites / B. Chareyron, 2005.
[5] Communiqué de presse CRIIRAD du 15 mai 2007 / « La
CRIIRAD et AGHIR IN MAN demandent l’enlèvement
sans délai des déchets radioactifs découverts
dans les rues d’Akokan au Niger et interpellent Mme
Lauvergeon présidente d’AREVA sur les pratiques
des filiales de son groupe ».
[6] GREENPEACE Briefing / Les mines d’uranium au Niger
/ La radioactivité dans les rues d’Akokan /
Novembre 2009 / Rianne Teule.
[7] Rapport CRIIRAD N°09-118 / Contamination radiologique
relevée en 2009 sur l’ancien site minier uranifère
de COMUF-AREVA à Mounana (Gabon) / B Chareyron, 7
décembre 2009.
[8] Usine COMURHEX II à Malvesi / Volume 2 / Etude
d’Impact (enquête publique année 2009).
[9] Rapport CRIIRAD N°06-88 / Impact radiologique de
l’usine COMURHEX (groupe AREVA) de Malvesi (Aude) /
B. Chareyron, 13 novembre 2006
[10] Note CRIIRAD N°09-102 / B. Chareyron, 15 septembre
2009.
[11] AREVA NC / Etablissement de la Hague / Rapport environnemental,
social et sociétal 2007.