
29/08/2012
Mines d'uranium au Niger
- Communiqué de presse CRIIRAD et ONG AGHIRIN'MAN du 28/08/12 (IMOURAREM)
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La CRIIRAD et l’ONG AGHIR IN MAN demandent la révision de l’étude d’impact concernant
le projet d’exploitation de la mine d’IMOURAREN par AREVA au Niger
La plus grande mine d’uranium d’Afrique
Le gouvernement du Niger et AREVA ont
signé le 5 janvier 2009 à Niamey la convention minière attribuant à AREVA le
permis d’exploitation du gisement d’uranium d’Imouraren, situé au nord d’Agadez
.
Selon AREVA, il s’agit du « plus grand projet industriel jamais envisagé au Niger.
Imouraren est la mine d’uranium la plus importante de toute l’Afrique et la deuxième
du monde » « Le démarrage de sa production …/… permettra au Niger de doubler
sa production actuelle et de se placer au deuxième rang mondial des pays producteurs
d’uranium ».
Selon l’étude d’impact initiale, le gisement s’étend sur 8 km de long et 2,5
km de large et le site industriel couvrira une surface de 200 km2.
Compte tenu des réserves estimées à 179 000 tonnes d’uranium, la production à
terme est estimée à 5 000 tonnes d’uranium par an pendant plus de 35 ans. Le
gisement principal étant situé à une profondeur moyenne de 130 mètres, son exploitation
par mine à ciel ouvert nécessitera la manipulation de près de 3,8 milliards de
tonnes de roches dont 85 millions de tonnes de stériles radioactifs et 245 millions
de tonnes de minerai exploitable.
Les conditions d’extraction de l’uranium qui seront mises en place ne sont pas
celles décrites dans l’étude d’impact initiale
Dans son étude d’impact sur l’environnement,
AREVA avait indiqué que l’uranium serait extrait des minerais selon deux techniques
: 58 % par lixiviation dynamique et 42 % par lixiviation en tas produisant ainsi
au total 245 millions de tonnes de résidus radioactifs.
Lors de la réunion du Comité Local d’Information qui s’est tenue à Arlit en décembre
2011, AREVA a annoncé que finalement l’ensemble des minerais seraient traités
par lixiviation en tas. Ceci constitue une modification fondamentale du projet
qui nécessite une révision de l’étude d’impact.
Quel que soit le procédé utilisé, l’extraction de l’uranium conduira à la production
de centaines de millions de tonnes de résidus radioactifs dont AREVA n’est pas
actuellement en mesure de définir comment en sera garanti le confinement pendant
des centaines de milliers d’années.
Dans le cas des mines exploitées par les filiales d’AREVA depuis plus de 40 ans
dans la région d’ARLIT, environ 45 millions de tonnes de ces résidus sont toujours
actuellement à l’air libre. Les poussières radioactives et le radon peuvent se
disperser au gré des vents.
Des puits sont asséchés dans l’environnement du site
d’Imouraren
Selon l’étude d’impact initiale d’AREVA, l’extraction de l’uranium
à Imouraren entraînera une forte consommation d’eau de la nappe fossile (12 à
13 millions de mètres cubes par an) et conduira à « un assèchement local des
nappes du Tchirezine 2 et du Teloua dans l’environnement proche en fin d’exploitation
». Pour « atténuer et compenser » cet impact, AREVA indiquait dans l’étude d’impact
que de nouvelles études hydrogéologiques allaient être réalisées. Cela signifie
que le projet a été lancé sans qu’AREVA ait une connaissance satisfaisante des
réserves en eau et de l’impact effectif de ses activités au plan hydrogéologique.
Fin 2011, AREVA a annoncé le lancement prochain des opérations de « dénoyage
» du site. C’est-à-dire que les eaux souterraines sont pompées et déversées dans
un gigantesque bassin à ciel ouvert. La mise en place de la mine ne peut en effet
se faire que si le gisement est à sec.
Dans le cadre d’une visite de terrain réalisée il y a quelques mois, l’ONG AGHIRIN’
MAN a constaté que de nombreux puits traditionnels utilisés par la population
locale de la région étaient asséchés. C’est en particulier le cas du puits de
Tizirfitik situé à une trentaine de kilomètres au sud du gisement et utilisé
par les populations des villages de Fichet et Tizirfitik. L’usage de ce puits
est vital car il est habituellement utilisé durant la saison sèche lorsque les
autres captages sont asséchés. L’existence de ce puits est mentionnée dans l’étude
d’impact d’AREVA mais aucun résultat de suivi de la qualité des eaux de ce puits
et du niveau d’eau n’est indiqué dans le dossier.
Selon les témoignages recueillis sur place par l’ONG AGHIRIN’ MAN auprès des
populations concernées, l’assèchement de ce puits est un phénomène nouveau. Interpellé
il y a quelques semaines par AGHIRIN’ MAN dans le cadre d’une réunion présidée
par le préfet à Arlit, le directeur général d’Areva uranium Niger a indiqué qu’il
n’était pas au courant. En attendant, la population est contrainte d’utiliser
les eaux de surface déposées par les pluies mais dès la saison sèche, à partir
du mois d’octobre, la situation sera réellement critique pour ces populations
qui vivent en zone désertique.
La création d’une zone d’exclusion de 450 km2
n’était pas indiquée dans l’étude d’impact
AREVA a annoncé son intention de créer
un périmètre « sanitaire » de 450 km2 autour du complexe industriel d’Imouraren.
Cette zone sera interdite d’accès tant aux populations qu’aux animaux. Les populations
seront ainsi privées de 450 km2 d’espaces pastoraux. Cette contrainte n’était
pas explicitée dans l’étude d’impact initiale. Les demandes de la CRIIRAD et de l’ONG AGHIRIN’MAN Pour toutes ces raisons, et
à l’issue de réunions de travail à Valence (France) du 21 au 28 août 2012, la
CRIIRAD et l’ONG AGHIRIN’MAN demandent qu’AREVA réalise une nouvelle étude d’impact
environnemental et apporte des réponses précises aux questions concernant l’impact
hydrogéologique et l’entreposage à long terme des déchets radioactifs, ainsi
que les moyens de compensation pour les populations touchées. Cette nouvelle
étude d’impact devrait pouvoir être expertisée par des scientifiques indépendants
et être discutée lors de nouvelles audiences publiques à réaliser avant la mise
en production de la mine d’IMOURAREN.Rédacteurs : Bruno Chareyron, ingénieur
en physique nucléaire, responsable du laboratoire de la CRIIRAD et Ghamar Illatoufegh,
secrétaire général d’AGHIRIN’ MAN
Pour plus de renseignements : CRIIRAD : par
mail : bruno.chareyron@criirad.org ou par téléphone : 04 75 41.82.50
AGHIRIN’MAN : par mail aghirin_man@yahoo.fr ou par téléphone 00 227 96 87 24
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Site CRIIRAD : www.criirad.org
Site AGHIRIN’MAN : http://aghirinman.blogspot.fr
ILLUSTRATIONS
P1 / De gauche à droite : Bruno Chareyron (responsable du laboratoire de la CRIIRAD),
Ghamar Illatoufegh (secrétaire général AGHIRIN’MAN) et Almoustapha Alhacen (Président
AGHIRIN’MAN) lors de la conférence de presse du 22 août 2012 à Valence (France)

P2 / Mesure du flux de rayonnement gamma réalisée dans le cadre d’un stage CRIIRAD
/ AGHIRIN’MAN sur les boues remontées lors des forages de prospection à Imouraren.
Sur certains tas, le taux de radiation est 5 à 9 fois supérieu à la normale.
La contamination de l’environnement commence avant même l’exploitation du gisement,
dès la phase de prospection (credit photo : C Chamberland et M. Roche, année
2007)

P3-P4 / M. Ghamar ILLATOUFEGH, secrétaire général de l’ONG AGHIRIN’MAN visite,
sous escorte militaire, les puits utilisés par la population à proximité de la
future mine d’Imouraren (crédit photo : AGHIRIN’MAN, 2012)
