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Commission de Recherche et d'Information Indépendante sur la Radioactivité
 

Valence, le 5 Janvier 2001

 

 

L'uranium appauvri (UA) est une substance radioactive cancérigène.
La leucémie fait partie des risques associés à l'inhalation des microparticules
émises lors des bombardements.

 

Pour en finir avec quelques contrevérités :

1. L'UA est une substance dont la radioactivité est très supérieure à ce que l'on trouve dans la nature.

Déclaration du général Walter JERTZ, interrogé le 4 mai 1999, sur l'utilisation de munitions à l'uranium appauvri dans les bombardements au Kosovo et en Serbie : " Cet uranium n'est pas fortement radioactif et on peut trouver ce taux de radioactivité dans le sol ou dans les roches à l'état naturel. "
C'est faux : la radioactivité de l'uranium appauvri est 60 000 fois supérieure à celle que l'on trouve habituellement dans le sol.

2. L'UA n'est pas un produit naturel, mais un sous-produit de l'industrie nucléaire.

L'uranium naturel qui sert de combustible aux réacteurs nucléaires est obtenu au terme de toute une série de traitements physiques et chimiques : extraction du minerai d'uranium, concassage, broyage, attaques chimiques pour extraire l'élément uranium, raffinage et conversion. On a alors un produit radioactif à l'état pur qui contient presque 100% d'uranium (99,277% d'U238 ; 0,717% d'U235 ; 0,0058% d'U234).
L'enrichissement de l'uranium naturel (qui ne contient que 0,7% d'uranium 235, le seul isotope fissile par les neutrons thermiques) conduit à la production d'environ 14% d'uranium enrichi (3,5% d'U235) et de 86% d'uranium appauvri.
En outre, l'uranium appauvri utilisé par les Etats-Unis (et par conséquent par le Royaume-Uni et la France) est un mélange d'uranium appauvri issu de l'enrichissement d'uranium naturel et d'uranium appauvri issu de l'enrichissement d'uranium de retraitement. Il est donc pollué par des isotopes artificiels, produits au sein des réacteurs nucléaires (ainsi l'uranium 236).

3. Le fait que l'uranium soit qualifié d'APPAUVRI ne signifie pas qu'il est devenu inoffensif.

Journal télévisé de 20h - jeudi 4 janvier 2001 : " Voici un obus-flèche. Sa pointe est en uranium appauvri. Comme son nom l'indique, c'est un métal dont la radioactivité est devenue négligeable mais sa masse très lourde lui permet de percer n'importe quel blindage. ".
C'est faux : la radioactivité de l'uranium naturel est de 51 millions de becquerels par kilogramme (MBq/kg) ; celle de l'uranium appauvri est d'environ 40 MBq/kg : la différence n'est que de 23%. Dans les 2 cas, on a affaire à une substance radioactive que la réglementation impose de surveiller et d'isoler de l'environnement et des personnes qui y vivent.

4. L'uranium appauvri émet des rayonnements particulièrement irradiants.

Déclaration de M. Alain RICHARD, ministre de la Défense : " Sur l'uranium appauvri, qui est un composant de métal pour durcir les obus de blindés, je rappelle qu'il ne s'agit aucunement d'un élément provoquant des radiations. " (30 août 2000 - Le Figaro)

C'est totalement erroné. L'uranium appauvri est composé de 6 radionucléides (uraniums 238, 234 et 235, thorium 234, protactinium 234m et thorium 231) qui émettent des rayonnements gamma (émission relativement faible), des rayonnements bêta et des rayonnements alpha très énergétiques. Les particules alpha émises par les uraniums ont des énergies moyennes comprises entre 4 194 000 et 4 773 000 électrons-volts (eV). Rappelons que 15 eV suffisent pour casser une molécule d'eau. Cela signifie que la désintégration d'un seul de ces atomes est capable de créer plus de 100 000 lésions dans la cellule où il est fixé.
En cas d'incorporation par inhalation, la radiotoxicité de l'uranium appauvri (sous forme d'oxydes insolubles) est de l'ordre de 200 fois supérieure à celle du césium 137 et presque comparable à celle des oxydes insolubles de plutonium !

5. L'uranium est cancérigène et peut être à l'origine de leucémies.

Jean-François BUREAU, porte-parole du Ministre de la Défense (LCI - Jeudi 4 janvier 2001) : " Aucune étude pour l'instant ne prouve que l'uranium appauvri peut provoquer des maladies de type cancéreux ou leucémique. " ; " L'uranium appauvri présente un risque en tant que métal lourd, c'est un peu comme le plomb. Il peut y avoir des risques sur le foie, des risques sur les reins, donc ce n'est pas la leucémie ".
M. METIVIER (IPSN) : " Ce que je mets en doute c'est un lien avec l'uranium appauvri. Ça ne correspond pas du tout avec les connaissances que nous avons depuis 50 ans sur la toxicité de l'uranium".

Ces affirmations sont stupéfiantes. L'uranium appauvri est toxique à la fois sur le plan chimique et sur le plan radiologique. Les deux s'ajoutent. En cas d'inhalation de microparticules sous forme d'oxydes insolubles (comme c'est le cas des particules d'UA vaporisées lors de l'explosion d'un obus ou d'une balle à l'UA), c'est d'ailleurs le risque radiologique qui est le plus important.
Les modèles dosimétriques établis au niveau international indiquent qu'en cas d'inhalation d'oxydes d'uranium, les organes les plus irradiés sont les poumons, les reins et les os. En conséquence, les risques associés sont le cancer du poumon, le cancer des reins, le cancer des os (irradiation des surfaces osseuse) et la leucémie (irradiation de la moelle osseuse où se trouvent les cellules souches qui fabriquent les globules blancs, rouges et les thrombocytes).
A cela doivent être ajoutés des risques cancérigènes dans les autres organes (même si le risque est plus faible, il n'est pas nul), en particulier le foie, les ganglions lymphatiques, les intestins et le cerveau ; et d'autres pathologies, en particulier la transmission d'anomalies génétiques à la descendance du fait de l'irradiation des gonades (spermatozoïdes, ovaires) et l'altération des défenses immunitaires (irradiation de la moelle osseuse).

Par ailleurs, un grand point d'interrogation (cf. syndrome de la guerre du Golfe) concerne les effets de synergie entre plusieurs polluants (UA, neurotoxiques, polluants chimiques, insecticides, vaccins, etc).

6. L'utilisation d'armes à l'UA a été condamnée par les Nations unies.

Jean-François BUREAU (jeudi 4 janvier 2001) : " Les armes à l'uranium appauvri ne sont pas des armes interdites par la communauté internationale. C'est très clair. Juridiquement les choses sont très claires. ".
L'utilisation des armes à l'uranium appauvri a été condamnée en 1996 par une résolution de la sous-commission des droits de l'homme des Nations unies. L'utilisation de l'UA contrevient en effet aux dispositions des conventions internationales qui interdisent l'emploi d'armes qui frappent sans discrimination les populations civiles et qui causent des dommages graves et durables à l'environnement.

La CRIIRAD demande un débat national et la création d'une commission d'enquête parlementaire sur l'adoption par l'armée française des armes à l'uranium appauvri.

La pétition lancée en novembre 2000 a déjà recueilli des milliers de signatures (cf. : rubrique "Action en cours" sur le site internet de la CRIIRAD).

L'action de la CRIIRAD est ciblée sur la France mais elle rejoint le travail effectué par de nombreuses associations et scientifiques indépendants, en particulier aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, aux Pays-Bas et en Italie. L'interdiction des armes radioactives qui posent des problèmes sanitaires, environnementaux et éthiques doit en effet être obtenue au niveau international et pas seulement français.


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