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Commission de Recherche et d'Information Indépendante sur la Radioactivité


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La CRII-RAD dévoile les procédés de COGÉMA

 

Lettre à Mme Lauvergeon
Président Directeur Général de la COGÉMA

     Madame LAUVERGEON
COGÉMA
2, rue Paul Dautier
BP 4
78141 Vélizy cédex

Valence, le 8 mars 2000,

 

Objet : Campagne publicitaire de la Cogéma,
Vos ref. : PDG/00/010,
Nos ref. CC-AL/COGÉMA-00/0308,

 

 

Madame le Président Directeur Général,

Par courrier en date du 7 décembre dernier, nous réagissions au contenu de la campagne publicitaire réalisée par l'agence Publicis Consultants pour le compte de votre société et aux procédés auxquels elle recourait pour parvenir à ses fins.

Tout au long de votre courrier en réponse, reçu fin janvier dernier, vous faites état de votre " volonté de transparence ", du désir de Cogéma de jouer " carte sur table ", d'instaurer " un dialogue serein " et de " répondre en toute transparence ".

 

Premier constat : votre courrier ne répond à aucune de nos questions.

Nous vous indiquions que les conclusions des 50 experts du groupe radioécologie Nord-Cotentin ne sont pas unanimes puisqu'elles n'ont pas reçu l'aval de la CRII-RAD. Nous vous demandions par conséquent d'ajouter à chacune de vos mentions " à l'exception des experts de la CRII-RAD ". Nous vous signalions également que les scientifiques indépendants (de l'Etat et des exploitants) qui ont participé aux travaux du groupe l'ont fait en tant qu'experts et non en tant que représentants du mouvement associatif.
Vous répondez : " 50 experts et représentants associatifs, aux intérêts divers et parfois opposés, se sont mis d'accord sur une série de paramètres permettant d'évaluer un risque donné. "

Découvrant que vous utilisiez une photographie portant la signature Sygma/CRII-RAD comme visuel pour vos pages publicitaires, nous vous demandions de lui ajouter sa véritable légende : émissaire de rejet de La Hague, mars 1997, constat d'infraction. Nous vous précisions que cette photographie avait été confiée à l'agence de presse Sygma, accompagnée d'un texte explicatif afin d'être utilisée par des journalistes et non pour être vendue comme une vulgaire marchandise, et servir de caution à la société qu'elle met en cause.
Vous nous répondez que la photographie a été acquise par Publicis Consultants votre agence de communication, moyennant paiement d'un droit.

Deuxième constat : vous n'hésitez pas, pour servir votre propos, à falsifier celui de votre interlocuteur. Nous reproduisons, pour mémoire, un extrait de votre courrier en réponse :

"Il ressort de la lettre reçue que notre groupe serait finalement le moins légitime à parler de ses activités et que, par nature, toute information de notre part ne pourrait être qu'orchestration très orientée, partielle et partiale". Le vocabulaire choisi, les arguments utilisés par Madame CASTANIER me semblent exprimer une forme de frustration à l'égard du dialogue direct, serein et responsable que COGÉMA a décidé d'engager avec l'opinion publique. (...)
Comme l'écrit Mme CASTANIER , nos "affirmations ... ne sont pas fausses, prises isolément" précise-t-elle, de sorte qu'on se demande tout de même comment, " ajoutées les unes aux autres, elles peuvent ne plus être vraies "." .

Quiconque n'a pas lu notre courrier, doit s'interroger sur la validité de nos positions. Il est intéressant d'analyser les procédés auxquels vous avez recours pour parvenir à ce résultat. Nous reproduisons ci-dessous la véritable teneur de notre courrier, en surlignant les parties que vous avez utilisées:

" Nous avons étudié le contenu des spots télévisés, des pages publicitaires ainsi que des réponses aux questions qui servent d'accroche et invitent à se rendre sur le site internet de la Cogéma. L'analyse montre clairement que la campagne ne se situe pas sur le terrain de l'information, mais sur celui de la communication, avec une stratégie, des cibles, des affirmations qui, pour la plupart et prises isolément, ne sont pas fausses, mais participent à une orchestration très orientée, partielle et partiale de l'information. "

Premier procédé : le changement de contexte.

Dans notre courrier, la périphrase " orchestration très orientée, partielle et partiale de l'information. " venait en conclusion d'un paragraphe précisant que nous avions étudié le contenu des messages publicitaires. Afin de suggérer que nos positions sont définies a priori, vous supprimez toute référence à une analyse préalable, substituant à notre texte la formule " par nature, toute information de notre part ne pourrait être qu'orchestration très orientée, partielle et partiale ". Nos critiques étant ainsi définies comme de parti pris, vous vous dispensez de répondre sur le fond.

Deuxième procédé : la réécriture.

La phrase :

" des affirmations qui, pour la plupart et prises isolément, ne sont pas fausses, mais participent à une orchestration très orientée, partielle et partiale de l'information ", phrase tout à fait cohérente que nous illustrions en outre à travers un exemple très concret (1) ,

devient sous votre plume :

" nos " affirmations ne sont pas fausses, prises isolément " de sorte qu'on se demande tout de même comment, " ajoutées les unes aux autres, elles peuvent ne plus être vraies". "

Vous guillemetez des phrases que nous n'avons jamais rédigées. En modifiant nos écritures de façon à les tourner en ridicule, vous éviter, là encore, de répondre sur le fond.

Vous vous vantez de jouer " carte sur table " et vous êtes prise en flagrant délit de tricherie.

Nous tenons toutefois à vous remercier. Nous nous demandions, en effet, quelle était la part de responsabilité de votre agence de communication, Publicis Consultants, et celle de votre groupe. Connaissant désormais les procédés auxquels vous recourez, en votre nom propre et sous votre signature, nous ne doutons plus qu'il s'agisse d'une politique délibérée, conçue au plus haut niveau de la Cogéma.

Quant au sentiment de frustration que vous nous prêtez, il est possible qu'il nous ait un moment animés. Il n'était pas suscité comme vous l'écrivez par votre singulière aptitude au dialogue, mais par l'insuffisance de nos moyens et notre impuissance face à la récupération de notre travail. Grâce à votre budget de 24 millions de francs, vous avez pu occuper l'espace médiatique et vanter sur tous les fronts l'engagement de Cogéma en matière de transparence. Pendant ce temps, loin des caméras, votre Groupe avait fini par faire plier le gouvernement : la révision des autorisations de rejets de l'usine de La Hague ne sera pas soumise à enquête publique.

Filmer la radioactivité qui ne se voit pas à l'aide de webcams est une chose ; admettre que les citoyens puissent se prononcer sur la quantité de polluants radioactifs et chimiques que vos usines sont autorisées à rejeter dans l'environnement en est manifestement une autre.

 

     Pour la CRII-RAD et le Président,
La directrice,
Corinne Castanier.

 

 

(1) L'exemple retenu dans courrier concernait la réponse que vous donnez sur votre site internet à la question :
"Que sort-il exactement du tuyau de La Hague ?".

 

Réponse de Mme Lauvergeon, PDG de la Cogéma à la CRII-RAD - 01/2000

Campagne publicitaire de Cogéma La Hague - Lettre de la CRII-RAD à Mme Lauvergeon, PDG de la Cogéma - 12/1999


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