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aux abords des Saintes Maries-de-la-mer et à l'est de l'Espiguette.
· La CRII-RAD a été alertée par l'un de ses adhérents, scientifique habitué aux relevés radiamétriques de terrain, sur des flux de rayonnement anormalement élevés mesurés sur certaines plages du littoral camarguais : à l'est et à l'ouest des Saintes Maries-de-la-mer et à l'est du phare de l'Espiguette. Des scientifiques du laboratoire ont procédé, les 26 et 31 mars, à diverses vérifications radiamétriques ainsi qu'à des prélèvements complémentaires. Il est important de préciser qu'en l'état de nos relevés, le problème ne concerne que quelques kilomètres de plage. · Tous les relevés radiamétriques signalent une situation totalement atypique pour la région, mais aussi pour l'ensemble du territoire français (régions de mines d'uranium exclues):
· Les analyses par spectrométrie gamma effectuées au laboratoire de la CRII-RAD sur plusieurs échantillons de sable ont révélé la présence de radionucléides naturels qui appartiennent aux chaînes de désintégration de l'uranium 238 et du thorium 232. Aucun radionucléide artificiel émetteur gamma n'a été détecté : il ne s'agit pas de déchets provenant de l'industrie nucléaire. · Les teneurs en radionucléides naturels sont par contre anormalement élevées : de l'ordre de 5 fois à 50 fois les niveaux attendus dans la région (niveaux que l'on retrouve à Port-Saint-Louis, Beauduc, Carnon). L'échantillon le plus radioactif (prélevé dans les croûtes noires) présente les teneurs suivantes :
· Sur le plan chimique, l'analyse semi-quantitative réalisée par le LDA-26 met en évidence des teneurs anormalement élevées en terres rares, fer, titane et platine. Les analyses minéralogiques en cours devraient permettre d'identifier les minéraux présents et de déterminer l'origine des matériaux analysés : matériaux charriés par la Vidourle, le Rhône et ses affluents (ophiolites alpins transportés par la Durance) ; ou minéraux caractéristiques d'une provenance extérieure qui signeraient une pollution. · En ce qui concerne l'origine du phénomène, deux hypothèses sont en effet envisagées : 1. un phénomène naturel d'accumulation lié aux particularités physico-chimiques des éléments présents et du milieu marin ; 2. une pollution liée à des activités humaines : rejets d'une usine travaillant sur des minerais riches en terres rares et produits radioactifs : monazite, sable de zircon, etc. Sur la base des premiers résultats, des appréciations de scientifiques spécialisés en minéralogie et des témoignages sur l'ancienneté du phénomène, la CRII-RAD privilégie actuellement la première hypothèse.
· Estimation des risques Il est important de souligner en préalable que les expositions se situent dans la gamme des très faibles doses de rayonnement ionisants et des faibles débits de dose. Le niveau de risque dépendra de la durée de l'exposition aux rayonnements émis par le sol (c'est-à-dire du temps de présence effectif sur les zones touchées) et des quantités de produits radioactifs incorporés : il s'agit essentiellement de l'ingestion involontaire de grains de sable. Sur ce plan, les enfants, surtout les plus jeunes, sont les plus exposés : à activité incorporée égale, ils reçoivent une dose de rayonnement supérieure à celle que reçoit un adulte ; du fait des jeux de plage, ils sont plus susceptibles que les adultes d'incorporer des grains de sable. Les groupes les plus à risque sont, a priori, les habitants des communes du littoral. Si l'on se réfère aux facteurs de risque recommandés par la CIPR (2) et retenus par la directive EURATOM 96/29, les scénarios que l'on peut envisager pour des groupes très exposés - personnes qui passeraient de 500 à 800 heures par an sur les plages - conduisent à une probabilité de problème sanitaire grave de l'ordre de 1 sur 30 000 à 1 sur 80 000. Les organismes internationaux de référence considèrent souvent comme négligeable un risque de décès de 1 sur 1 million. Si l'on se réfère à ce critère, on peut considérer comme négligeable le risque associé à un temps de présence de quelques jours sur les plages touchées. Par contre, les niveaux de risque associés à la fréquentation prolongée de ces secteurs sont supérieurs au seuil du risque négligeable. Cette situation devrait conduire les autorités sanitaires à une réflexion visant à optimiser la protection des personnes. Les comparaisons avec les environnements du Massif central ou de la Bretagne sont peu adaptées : les niveaux d'exposition sont plus élevés et les voies d'exposition et de transferts plus importantes. Les plages cumulent, en effet, les paramètres défavorables : forte densité de population bien au-delà de la seule saison estivale, temps de présence prolongé au contact même du sol, souvent en position allongée, manipulation du sable, association de zones ventées et de matériaux dispersibles, fréquence des pique-nique, etc. Dans une perspective de prévention, la CRII-RAD a transmis le dossier aux autorités en demandant :
Les plages appartiennent au domaine public, c'est donc à l'État de prendre en charge ces actions.
La CRII-RAD a transmis et transmettra tous ses résultats aux autorités. Elle ne peut prendre en charge toutes les investigations de terrain qui restent à effectuer. Les analyses et recherches qu'elle a conduite sur le littoral sont en effet réalisées exclusivement sur ses fonds associatifs et sur du bénévolat. Les réserves associatives ont déjà été largement entamées pour d'autres dossiers d'intérêt général (Gif-sur-Yvette, la Hague, Saint-Alban, etc). Il est donc important que les services publics puissent prendre le relais et rechercher les meilleures solutions. La CRII-RAD suivra bien entendu avec beaucoup de vigilance l'évolution du dossier. (1) Chiffres de l'office de protection contre les rayonnements ionisants (rapport d'activité de 1997). (2) : facteurs de risque recommandés par la commission internationale de protection radiologique (CIPR) publiés dans la CIPR n°60 de 1990 : risque de décéder d'un cancer radio-induit de 5.10-2 / Sv ; risque de développer un cancer guérissable de 1.10-2 / Sv ; risque de transmettre un défaut héréditaire très grave de 1,3.10-2 / Sv.
Renseignements sur le dossier : Corinne Castanier |